Binta et Aïssatou se livrent après avoir moulé leur vulve grâce au projet SEX-ED +

Découvrez les témoignages de Binta et Aïssatou, participantes d’un partenariat innovant avec SEX-ED + et CeMAVie. Les deux femmes concernées par l’excision nous ont donné leurs premières impressions après avoir vécu une intense expérience : mouler leur vulve.

« Bonjour, vous voulez un café, un thé ? Quelque chose à manger ? » demande Cendrine, sexologue Vanderhoeven à CeMAViE en accueillant les femmes venues de Bruxelles et de Wallonie pour participer au projet de moulage de vulves. Certaines d’entre elles découvrent nos locaux, d’autres sont des habituées. Dans le couloir, à leur arrivée, elles peuvent admirer des exemples de reproductions de vulves et de pénis de toutes les couleurs. Certaines font les yeux ronds, d’autres sourient…

« Bonjour, bienvenue au GAMS ! » lance Fabienne Richard, directrice du GAMS, grand sourire. Cela fait deux ans qu’elle attend ce moment. Et ce n’est pas n’importe lequel pour la chercheuse : « On va pouvoir former le corps médical avec des reproductions 3D plus vrai que nature. C’est historique ! Je suis trop contente ! » La formation des professionnel·le·s est un axe stratégique important au GAMS Belgique. Disposer d’outils pédagogiques sur l’anatomie des femmes ayant subies une mutilation génitale féminine permet une meilleure prise en charge.

Pour l’occasion, le bureau de notre collègue psychologue a été transformé en local de moulage pour les participantes. Le petit cocon a été équipé d’un rideau pour créer plus d’intimité. Magaly, chercheuse indépendante et fondatrice du projet SEX-ED + travaille sur l’éducation à la sexualité et la santé sexuelle et reproductive avec une approche inclusive. Impliquée dans la défense des droits sexuels et reproductifs depuis une quinzaine d’années, elle crée, avec le projet SEX-ED +, du matériel pédagogique qui présente la diversité des anatomies génitales. Avec CeMAVie et le GAMS Belgique, la québécoise a l’occasion de faire la rencontre de femmes excisées et de diversifier sa recherche.

La chercheuse explique avec bienveillance tout le processus à Mariam qui s’installe sur le matelas. « Imagine ta vulve comme une star des podiums ! » lance Magaly, des rires résonnent dans la pièce. Cette dernière demande : « C’est quoi, qui t’a décidée à participer ? ». Mariam répond : « L’expérience ». Elles font la conversation. Naturellement. Dans les locaux, règne une atmosphère féminine à la fois paisible et puissante. Il faut prévoir une bonne heure pour chaque moulage, explique notre partenaire venue du Québec pour réaliser ce projet.

Une participante arrive dans le couloir. Cendrine et Fabienne se font une joie de leur montrer la petite collection de modèles d’organes génitaux fluos exposée dans le couloir. Pendant ce temps-là, je demande à Binta si elle est d’accord pour faire une interview dans la grande salle.

Binta (nom d’emprunt), première femme excisée participant à un moulage de vulves.

 On s’installe confortablement sur les fauteuils. La jeune femme de 24 ans est la toute première femme excisée à participer à ce projet pédagogique. C’est Cendrine Vanderhoeven, sexologue à CeMAVie, qui lui a parlé du projet.

« Pour moi, cela permet de briser ce que j’appelle « le miroir » entre soignant·e·s et soigné·e·s et aussi informer sur le corps de la femme excisée. D’une femme à l’autre, d’une origine à l’autre, la manière de faire (d’exciser) est différente. » explique Binta.

En effet, en fonction des pratiques, on retrouve plusieurs types de mutilations génitales féminines. Binta ajoute : « Le mien n’a pas été trop traumatisé. ». C’est au CHU Saint Pierre qu’on explique à Binta qu’elle a subi une excision de type 1. En discutant avec la sexologue, elle a appris à mieux connaitre son appareil génital et distinguer les douleurs liées à la mutilation de son clitoris et à l’anatomie de sa vulve.

On peut sentir une vive émotion dans la voix de Binta lorsque je lui demande comment elle se sent après cette expérience. Après un mot de silence, elle confie :

« Je donne, je reçois. Je mets mon corps à disposition pour que d’autres puissent voir. Parfois, je prends des photos de mon « truc ». J’ai une de mes lèvres plus grandes que l’autre, c’est désagréable mais ce n’est pas lié à mon excision. Je connais et accepte mieux mon corps. Maintenant, je le regarde et je me dis « Même si je n’ai pas tout (mon clitoris) et il est bien aussi comme il est ». Le fait de mouler, c’est de le voir autrement. J’ai pris conscience de certains détails que je ne voyais pas. J’adore mon corps !

Je poursuis l’interview…

L : Je vais le dire moi le mot pour deux. Comment tu la vois ta vulve après le moulage ?

B : Comme « Le moi de l’autre côté ». C’est vraiment une représentation réelle de moi, de cette partie qui été (un peu) frustrée. Ça permet de se dire : il est là et c’est à moi.

L : Quel est le mot que tu utiliserais pour parler de cette expérience ?

B : Le partage

L : Qu’est-ce que tu dirais à une femme à qui on proposerait de faire ce moulage pour la convaincre de venir partager ?

B : C’est une expérience à vivre, ça permet de voir des organes diversifiés et d’avoir une plus grande ouverture sur soi et sur les autres.

L : Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter ?

B : Je veux continuer à expérimenter mon corps sans douleur.

L : Est-ce que tu peux nous expliquer pourquoi c’est important de se réapproprier son corps lorsqu’on a été excisée ?

B : Au moment de l’excision, on ne te demande pas à toi, qui est couchée là, ta permission. Moi, on a posé la question à ma mère. Le médecin a mesuré et lui a dit : « à ce niveau-là, c’est bon ? » Je l’entends encore lui répondre : « Non, coupez plus, il est trop grand ». Je me suis déconnectée de mon corps. C’est quelqu’un d’autre qui a décidé. La différence, avec le moulage, c’est qu’on me pose la question. On me dit et on me montre ce qu’on fait, ça fait toute la différence. Cela me permet de me réapproprier et de me réconcilier avec mon corps.

L : Qu’est-ce que ça fait d’être la première à ouvrir cette porte ?

B : Je suis heureuse de pouvoir participer à ce projet et j’espère qu’il aura d’autres participantes. Chaque génération est différente et j’espère que la mienne permettra de briser la glace et de pouvoir en discuter sans tabou.

Binta est émue, après un bon café et quelques sucreries, elle dit aurevoir et reprend sa route. Retour dans le couloir…

Magaly est en train d’expliquer les questions du document de consentement à l’une des participantes. Elles discutent ensemble de comment elle a vécu cette expérience.

« J’apprends à m’aimer comme je suis mais ce n’est pas facile. Mes copains disaient que je n’étais pas comme les autres femmes. Maintenant, je préfère rester seule pour faire connaissance avec moi-même. », lance Aïssatou à Magaly.

Aïssatou a fait le voyage de Liège pour participer au projet. Cette jeune femme de 34 ans a subi une excision de type 2. Dans son cas, c’est une ablation du gland clitoridien avec excision des grandes lèvres. Aïssatou est en quête de self love et a commencé un processus de réparation de son clitoris. Cette dernière est également accompagnée par Cendrine Vanderhoeven.

« L’équipe de CeMAVie m’a beaucoup aidée. Cendrine (sexologue) m’apprend à m’aimer en priorité avant de penser aux autres personnes. »

Aïssatou m’explique qu’elle a découvert qu’elle était « différente » de ses copines non excisées et de celles qui avaient vécu d’autres types d’excisions. « Chez moi, ils ont retiré tout le clitoris et les petites . C’était très difficile pour moi de l’accepter. Avant, j’étais frustrée mais maintenant, je veux aller de l’avant. Et si je rencontre quelqu’un qui veut faire sa vie avec moi, je vais lui expliquer ce qui s’est passé. Si la personne n’accepte pas, il peut partir. »

L : Et qu’est-ce qui t’a donné envie de participer à cette démarche aujourd’hui ?

A : Je me suis dit que c’était l’occasion de me voir comme je suis. Cette expérience m’aide à mieux me regarder et à me donner plus confiance. Dès que j’ai retiré le moulage, je l’ai regardé et je me suis dit que j’étais très fière de moi.

L : Magaly (Pirotte), t’a demandé si tu voulais une empreinte, tu lui as dit oui. Est-ce que tu peux nous dire où tu vas mettre cette empreinte ? Est-ce que tu comptes la mettre dans ton salon ? dans ta chambre ?

A : Je vais le garder ce moulage comme un trésor, dans ma chambre, au chevet du lit. Comme ça, chaque matin, je vais le regarder et avoir plus confiance en moi. Cela me rappellera que je suis une femme forte.

 

Partenaires :

SEX-ED + https://positivesexed.org/en/

CeMAVIE CeMAViE: vrouwelijke genitale verminking – CHU Saint-Pierre | UMC Sint-Pieter (stpierre-bru.be)

 

Texte Leïla El-Mahi

Photos de Margrit Coppé


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