La nouvelle présidente en visite dans les antennes wallonnes

Deux mercredis matin, deux voyages en train et Diariou Sow. Suivez avec nous les visites de notre nouvelle présidente, à Namur et à Liège, partie à la rencontre des équipes basées en Wallonie.

9h45, 12 octobre 2022, Gare centrale, Diariou Sow embarque dans le train pour Namur. La nouvelle présidente du GAMS Belgique tenait à échanger avec notre personnel wallon et aborder la question de l’accueil des femmes dans nos antennes.

D’année en année, le GAMS Belgique n’a cessé de se déployer. Aujourd’hui, notre équipe compte trois permanences en Flandre (Gand, Anvers et Louvain) ainsi que deux bureaux fixes à Liège et à Namur. Dans le train, on discute des prochains événements du GAMS Belgique, de nos parcours professionnels, de l’heureux événement qu’attend Diariou dans quelques semaines, de ce « lieu à soi » (un ouvrage de Virginia Woolf) que l’on cherche lorsqu’on est femme et qu’on veut être indépendante financièrement.

La journée commence en douceur, Mélanie Jocquet, coordinatrice des activités en Wallonie vient nous chercher à la gare pour nous emmener au 60, Rue Henri Lecocq. Le bureau namurois est installé dans une maison. Au rez-de-chaussée, on trouve le cabinet du psychologue Ronaldo Ewel. Ce dernier collabore, cohabite et partage sa cuisine ainsi qu’un salon transformé en salle d’attente avec l’équipe du GAMS Belgique de 9 à 17h du lundi au vendredi.

Une maison chaleureuse

L’ambiance est conviviale. On ne peut pas espérer mieux comme lieu pour les femmes. Avant cela, le personnel du GAMS Namur a d’abord été hébergé en 2015 par le planning familial de la rue de la Tour. Ce n’est qu’en avril 2017 que l’équipe s’installe dans la jolie bâtisse. Maud se remémore : « Quand j’ai commencé mes consultations au planning, je travaillais dans un bureau partagé ou dans le couloir. Aujourd’hui, on peut offrir un accueil plus adapté aux besoins des femmes ».

Au premier étage, on retrouve deux bureaux et une salle de réunion. On y retrouve Elly Pauwels, juriste et deux de nos animatrices communautaires : Ismatou Bah et Yasmin Hussein Mohamed. Cette dernière, renforce l’équipe pour une période de six mois et connait bien le GAMS pour y avoir déjà travaillé en 2019. Yasmine est interprète en somali et en arabe. Ismatou parle, quant à elle, soussou, poular et un peu wolof.

A la rencontre des bénéficiaires

« On travaille avec Mariama pour agrandir le pool de relais d’Afrique de l’Ouest et avoir différents types de bénévoles en fonction des activités » explique Ismatou. Cette dernière travaille d’ailleurs un jour par semaine à Liège pour donner un coup de main à l’équipe liégeoise.

Il arrive que les femmes en demande d’asile, hébergées dans les centres, font parfois plus de trois heures de route pour se rendre dans leurs bureaux. On constate également que certaines diasporas s’installent dans l’une ou l’autre ville « A Verviers, on retrouve plutôt les Guinéen·ne·s et les Somalien·ne·s et à Mons, ce sont plutôt les communautés d’Afrique de l’Ouest. » ajoute Yasmin. Le personnel du GAMS Belgique, lui-même, est souvent amené à se déplacer entre les villes pour accompagner les bénéficiaires. Les questions de la mobilité et du renforcement du pool « bénévoles » sont cruciales pour l’équipe.

Crise de l’accueil et protection des femmes migrantes

Après une visite des bureaux, l’équipe s’installe dans la cuisine. Elly parle notamment de la crise de l’accueil mais rassure en disant que les femmes arrivent à trouver des places. Maud s’inquiète des agressions que les femmes subissent dans les centres et de la détérioration de la santé mentale dans le parcours migratoire. « Elles fuient pour se protéger et doivent faire face à toute une série de violences sur la route ».

Pression communautaire et féminisme

Diariou explique qu’elle a mis du temps avant de s’afficher publiquement. « Il y a 10 ans, je n’aurais pas pu occuper cette fonction mais aujourd’hui, je suis prête à affronter les détracteurs. On m’a déjà écrit que j’allais aller en enfer. J’ai répondu qu’au moins, moi, je ne finançais pas les guerres. On ne peut pas empêcher les menaces, c’est comme ça ». La jeune femme rajoute qu’il ne faut sous-estimer les soutiens « privés ». On ne peut pas demander à tout le monde de s’exposer.

Être féministe peut être perçu comme une défiance aux mœurs dans certaines communautés et évoquer le mot « clitoris » peut choquer. Ismatou explique qu’il faut prendre en compte les conditions socio-économiques des profils. Dans le cas de la communauté peule, par exemple, les personnes qui ont voyagé et migré dans un premier temps dans des grandes villes d’Afrique, par exemple en Côte d’Ivoire ou en Sierra Leone, sont plus ouverts d’esprit sur certains sujets.

Les souhaits de l’équipe namuroise

Le suivi des jeunes filles venues dans le cadre d’une protection contre les MGF au niveau psychologique et médical, le rapport enfants/parents en matière de sexualité, le renforcement des formations du corps médical, la mobilité de l’équipe et des bénéficiaires sont tout autant de sujets et revendications abordées à cette table du GAMS Namur où on a refait le monde.

 

Seconde halte à Liège

Même heure, 19 octobre 2022, cette fois-ci notre présidente embarque pour Liège. Durant le voyage, on discute de maternité, de traditions familiales et de nos rôles dans nos familles. La présidente nous interroge sur la visite du Dr Mukwege, présent à Bruxelles pour l’exposition de l’artiste de Christophe Smets sur les femmes victimes de viol dans le Nord Kivu. Le temps file, le soleil brille et nous voilà déjà à la gare de Guillemins. Après une marche d’une dizaine de minutes, nous nous retrouvons dans les bureaux des collègues liégeoises.

Un appartement lumineux

Au 2e étage du 65 Quai de Rome, nous retrouvons Louise Da Via, Charlotte Royen et Fos Mohamed Nur dans un appartement face à la Meuse où la lumière vient de l’intérieur comme de l’extérieur. Nous nous installons et faisons un tour de table de chaque collègue.

Le rituel de l’équipe

« Le mercredi matin est généralement le jour de la réunion d’équipe où sont présentes les travailleuses basées sur Liège et Keyla, juriste (pour Bruxelles et la Wallonie) », explique Louise, la toute nouvelle coordinatrice de l’antenne liégeoise. La jeune femme a travaillé pendant deux ans dans l’aide à la jeunesse en France avant de revenir à Liège en avril 2022. « Après les inondations, j’ai eu besoin de me rapprocher des miens et d’intégrer une mission où je me sens utile. »

Les réflexions en cours

Charlotte, la psychologue de l’antenne nous parle des thématiques vues actuellement en intervisions. Toutes les cinq semaines, les psychologues, Pauline Soupa, sage-femme, Jérôme Halatan maïeuticien ainsi que Ronaldo Ewel et, si besoin, quelques intervenant·e·s externes, se réunissent pour faire une étude de cas.  « En ce moment, nous abordons les sujets de la réorientation ou la fin de suivi d’une personne accompagnée par le GAMS Belgique, la présence de l’équipe psy au CGRA, le suivi des femmes mauritaniennes, un nouveau public pour l’équipe. On se pose la question d’être formée ou non, de notre rôle en tant que personne de confiance, des enjeux de notre présence à certains rdvs pour les personnes concernées ». La réflexion ne s’arrête jamais dans les équipes.

La solidarité et les rapports intracommunautaires 

Margarita, notre nouvelle responsable communication, parle de la projection du film « Golden Land » sur un retour au pays d’une famille somalienne vivant en Finlande. Fos, qui est originaire de cette communauté, explique qu’il arrive que certaines familles effectuent d’abord un voyage par la Belgique. « Il n’existe pas d’ambassade somalienne dans tous les pays européens, il m’arrive de servir d’interprète pour des familles venues des pays scandinaves. On est solidaires, c’est important de s’entraider. » explique l’animatrice communautaire. Au fil de la discussion, on se rend compte que dans plusieurs diasporas, il existe un même système traditionnel d’épargne solidaire nommé « tontine » en Afrique Centrale, « ayuto » en Somalie ou encore « daret » au Maghreb. Chaque participant·e de ce mode de financement de projet investit la même somme d’argent et à tour de rôle, une personne reçoit la somme. Ce type de financement évite de contracter un crédit et entretient les liens entre les contributeurs·rices. Raison pour laquelle, il est important d’avoir au sein des équipes, des personnes concernées afin de créer et entretenir le lien avec les différentes diasporas.

La question des relations intrafamiliales a également été longuement abordée. Les tabous et le contrôle de la sexualité, le décalage éducationnel, le tiraillement identitaire et les conflits intergénérationnels sont des thématiques qui touchent particulièrement les personnes concernées vivant en Belgique. Il est primordial pour notre nouvelle présidente de s’assurer du bien-être mental et physique des travailleuses communautaires au GAMS Belgique. « J’ai conscience du poids familial. On porte tous et toutes des masques pour survivre mais nous sommes une seule personne. Il faut sortir de la peur pour changer les choses. C’est grâce à cela que j’ai pu sauver mes deux nièces de l’excision » livre Diariou.

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Texte : Leïla El-Mahi

Photos : Margarita Coppé


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